
Votre médecin vient de prononcer le mot « cimentoplastie ». Vous ne connaissiez pas ce terme il y a encore cinq minutes. Est-ce une opération lourde ? Est-ce douloureux ? Est-ce que ça change vraiment quelque chose au quotidien ? Ces questions sont parfaitement normales. Voici ce qu’on sait sur cette technique, expliqué simplement et sans jargon inutile.
La cimentoplastie, c’est quoi exactement ?
La cimentoplastie est une technique médicale qui consiste à injecter un ciment chirurgical spécial directement dans un os fragilisé par une maladie, en particulier par des métastases osseuses liées à un cancer.
Ce ciment durcit rapidement à l’intérieur de l’os, le consolide mécaniquement et réduit les douleurs en stabilisant la zone abîmée. C’est une procédure de radiologie interventionnelle, ce qui signifie qu’elle est guidée par imagerie médicale (scanner ou échographie) et ne nécessite aucune ouverture chirurgicale classique avec des points de suture.
Pourquoi propose-t-on cette technique à des patients atteints de cancer ?
Quand un cancer se propage aux os (des métastases osseuses), les os touchés deviennent fragiles, poreux et très douloureux. Ils peuvent se fracturer spontanément sous le simple poids du corps lors d’un geste ordinaire comme se lever ou marcher. La cimentoplastie répond à plusieurs objectifs concrets dans ce contexte.
- Réduire la douleur de façon significative et rapide, souvent dès les premières 48 heures après l’intervention
- Prévenir une fracture spontanée qui pourrait survenir en marchant ou simplement en se levant
- Permettre au patient de remarcher ou de retrouver une autonomie de déplacement
- Diminuer la quantité d’antidouleurs nécessaires (morphine ou équivalents) et donc réduire leurs effets secondaires pesants
- Améliorer la qualité de vie globale pendant la poursuite du traitement oncologique
Quels cancers provoquent des métastases osseuses pouvant être traitées ainsi ?
Tous les cancers ne touchent pas les os de la même façon. Certains types sont bien plus susceptibles de générer des métastases osseuses pouvant bénéficier d’une cimentoplastie.
| Type de cancer | Os fréquemment touchés | Cimentoplastie adaptée | Fréquence des métastases osseuses |
| Cancer du sein | Vertèbres, bassin, côtes | Oui, fréquemment utilisée | 70 % des cas avancés |
| Cancer de la prostate | Vertèbres, bassin, fémur | Oui, très souvent indiquée | 85 % des cas avancés |
| Cancer du poumon | Vertèbres, côtes | Oui, selon l’accessibilité | 40 % des cas avancés |
| Myélome multiple | Vertèbres, os plats | Oui, de première intention | Quasiment systématique |
| Cancer du rein | Vertèbres, membres | Oui, évalué au cas par cas | 35 % des cas avancés |
Voici d’ailleurs les premiers symptômes du cancer de la prostate.
Comment se déroule concrètement une cimentoplastie ?
Les préparatifs avant l’intervention, ce que le patient doit savoir
Avant la cimentoplastie, un bilan d’imagerie complet est réalisé pour localiser précisément la zone à traiter. Ce bilan comprend généralement un scanner et parfois une IRM. Une analyse de sang vérifie la coagulation et l’absence de contre-indication médicale.
Le patient arrive le matin à l’hôpital, doit être à jeun depuis minuit la veille, et rentre généralement chez lui le jour même ou le lendemain selon son état général.
Le déroulement du geste et ce que le patient ressent pendant et après
Pendant l’intervention, le patient est allongé sous un scanner ou un arceau de radiologie. Une anesthésie locale est réalisée sur la zone de ponction, parfois complétée par une légère sédation pour améliorer le confort. Le radiologue interventionnel insère une aiguille spéciale jusqu’à l’os cible et injecte le ciment sous contrôle d’image en temps réel.
Le geste dure généralement entre 30 et 60 minutes selon le nombre de sites à traiter. Après l’intervention, le patient est surveillé quelques heures dans un service de soins avant de rentrer.
La cimentoplastie est-elle une intervention douloureuse ?
L’intervention elle-même est généralement peu douloureuse grâce à l’anesthésie locale et à la sédation possible. Ce que certains patients ressentent, c’est une pression sur la zone traitée au moment de l’injection du ciment, mais pas de douleur vive à proprement parler.
Dans les heures qui suivent, une légère douleur locale est normale et traitée par des antalgiques simples. La bonne nouvelle, c’est que la majorité des patients rapportent une amélioration notable de leur douleur chronique dans les 24 à 72 heures après la procédure.
Quels sont les risques et effets secondaires possibles ?

Les complications rares mais à connaître avant de consentir
Comme toute procédure médicale, la cimentoplastie présente des risques, même s’ils restent rares. Le principal risque est la fuite de ciment en dehors de l’os vers des zones adjacentes (vaisseaux, moelle épinière), qui survient dans moins de 5 % des cas et est généralement sans conséquence grave. Un risque d’infection existe, comme pour toute ponction, mais il reste exceptionnel dans des conditions de stérilité hospitalière stricte.
Les signes qui doivent alerter dans les jours suivant l’intervention
Après une cimentoplastie, certains signaux doivent conduire à contacter rapidement l’équipe médicale. Une forte fièvre au-dessus de 38,5 °C, une douleur intense et croissante sur la zone traitée, une faiblesse ou un engourdissement dans les membres inférieurs (si une vertèbre a été traitée) ou tout signe inhabituel et inexpliqué méritent un appel médical sans attendre.
Combien de temps dure le soulagement après une cimentoplastie ?
Les retours des patients sur la durée du soulagement après une cimentoplastie sont globalement encourageants.
- L’amélioration de la douleur commence souvent dans les 24 à 72 heures suivant l’intervention, parfois dès le lendemain
- La reprise de la marche ou des activités légères du quotidien est généralement possible dans les 48 heures
- Le soulagement peut durer plusieurs mois, parfois jusqu’à la fin de vie du patient selon l’évolution de la maladie
- Si de nouvelles métastases apparaissent sur d’autres sites osseux, une nouvelle cimentoplastie peut être réalisée sur ces nouveaux endroits
La cimentoplastie remplace-t-elle la chimiothérapie ou la radiothérapie ?
Non. La cimentoplastie n’est pas un traitement du cancer en lui-même. Elle n’agit pas sur les cellules tumorales et n’empêche pas la progression de la maladie. C’est un traitement symptomatique, c’est-à-dire qu’elle traite les conséquences du cancer sur les os (la douleur et la fragilité) sans s’attaquer à la cause.
Elle est toujours réalisée en complément des traitements oncologiques existants comme la chimiothérapie, l’immunothérapie, l’hormonothérapie ou la radiothérapie. La radiothérapie ciblée sur l’os peut d’ailleurs être associée à la cimentoplastie pour renforcer l’effet antidouleur.
Comment demander une cimentoplastie en France et dans quel hôpital ?
Pour accéder à une cimentoplastie en France, la démarche passe par des voies précises.
- Demander l’avis de son oncologue référent qui valide l’indication lors d’une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) regroupant plusieurs spécialistes
- Les centres qui pratiquent cette technique sont principalement des CHU (Centres Hospitaliers Universitaires) et des hôpitaux spécialisés comme l’Institut Gustave Roussy à Villejuif, le CHU de Bordeaux, le CHU de Lyon ou l’Institut Curie à Paris
- La cimentoplastie est prise en charge par l’Assurance Maladie dans le cadre d’un traitement oncologique validé en RCP, sans reste à charge pour les patients en ALD 30
- En cas d’urgence fonctionnelle (douleur très intense ou risque de fracture imminente), la prise en charge peut être accélérée et organisée en quelques jours seulement