Hormonothérapie et cheveux

Des cheveux qui tombent un peu plus dans la brosse. Un clairsemage progressif qui s’installe en quelques semaines. Et une question qui revient souvent chez les personnes sous hormonothérapie : est-ce normal, est-ce que cela va s’arrêter, et surtout, peut-on agir ? La réponse est plus nuancée qu’un simple oui ou non.

L’hormonothérapie, qu’est-ce que c’est concrètement ?

L’hormonothérapie est un traitement médical qui agit sur les hormones du corps, soit en bloquant leur action, soit en réduisant leur taux. Elle s’utilise dans des contextes très différents.

Pour le cancer du sein hormonodépendant (un cancer dont les cellules se nourrissent des œstrogènes), elle bloque ces hormones pour ralentir la croissance de la tumeur. Pour le cancer de la prostate, elle réduit les androgènes (les hormones masculines). Elle est aussi prescrite lors de la ménopause pour compenser la chute naturelle des hormones, ainsi que dans le cadre des transitions hormonales.

Ces situations sont très différentes, mais elles ont un point commun. Toutes modifient l’équilibre hormonal du corps, ce qui peut toucher vos cheveux.

Comment les hormones influencent-elles la pousse des cheveux ?

Les cheveux sont directement sensibles aux fluctuations hormonales. Les follicules pileux (les petites « poches » du cuir chevelu d’où sortent les cheveux) possèdent des récepteurs aux hormones.

Les œstrogènes ont tendance à prolonger la phase de croissance des cheveux, ce qui explique pourquoi beaucoup de femmes enceintes ont une chevelure plus épaisse. À l’inverse, les androgènes peuvent réduire la durée de vie des follicules et affiner les tiges des cheveux. Quand un traitement modifie cet équilibre, vos cheveux réagissent.

Ces signes doivent vous alerter et justifient d’en parler à un médecin :

  • Des cheveux qui tombent en quantité nettement supérieure à la normale lors du brossage
  • Une ligne de départ qui recule progressivement sur les tempes ou le dessus du crâne
  • Des cheveux plus fins et plus fragiles qu’avant le traitement

Quels traitements hormonaux provoquent le plus souvent une chute ?

Tous les traitements n’ont pas le même impact sur les cheveux. Certains sont plus alopéciants (susceptibles de provoquer une chute) que d’autres.

Le tamoxifène et les inhibiteurs de l’aromatase

Le tamoxifène est très largement prescrit dans le cancer du sein hormonodépendant. Il bloque les récepteurs aux œstrogènes dans les cellules. Selon les référentiels de cancérologie, l’alopécie (le terme médical pour désigner la chute ou l’absence de cheveux) concerne environ 10 % des patientes sous tamoxifène seul.

Les inhibiteurs de l’aromatase (comme le létrozole ou l’anastrozole, qui bloquent la production d’œstrogènes après la ménopause) peuvent aussi provoquer une chute. Le risque augmente lorsque plusieurs traitements hormonaux sont associés ou pris l’un après l’autre, avec des fréquences qui atteignent 15 à 25 % selon les combinaisons.

Le traitement hormonal de substitution pour la ménopause

Le THS (traitement hormonal de substitution), prescrit pour atténuer les symptômes de la ménopause, agit sur l’équilibre œstrogènes et progestérone. Certaines formulations contenant des progestatifs androgéniques (des progestatifs dont l’action est proche de celle des hormones masculines) peuvent favoriser la chute chez les femmes génétiquement sensibles.

Type d’hormonothérapieMolécules concernéesImpact sur les cheveuxFréquence estimée
Cancer du seinTamoxifèneÉclaircissement diffusEnviron 10 %
Cancer du seinTamoxifène puis anastrozoleÉclaircissement progressifEnviron 15 %
Cancer du seinAnastrozole associé à un agoniste de la GnRHÉclaircissement progressifEnviron 25 %
Cancer de la prostateAntiandrogènesChute de cheveux rareEnviron 1 %
Ménopause (THS)Progestatifs androgéniquesSelon la prédispositionMinorité de femmes

Ces chiffres sont des ordres de grandeur issus des référentiels français de cancérologie. Ils varient selon les études et les patientes.

La chute de cheveux est-elle obligatoire sous hormonothérapie ?

Non, elle n’est pas systématique. Une partie des personnes ne constate aucun changement capillaire notable. La prédisposition génétique joue un rôle majeur. Si votre famille présente des antécédents d’alopécie androgénétique (la calvitie classique liée aux hormones), vous avez statistiquement plus de risques d’être touché.

L’hormonothérapie provoque rarement une chute brutale et massive comme celle liée aux effets secondaires de la chimiothérapie. Elle entraîne plutôt un clairsemage progressif qui s’installe sur plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Plusieurs éléments augmentent le risque :

  • Des antécédents familiaux de calvitie hormonale
  • Une durée de traitement longue
  • L’association de plusieurs traitements hormonaux
  • Une sensibilité individuelle des follicules

À quel moment du traitement les cheveux commencent-ils à tomber ?

La chute n’est pas immédiate. Elle s’installe en général après quelques mois de traitement, souvent autour du troisième ou du quatrième mois. Elle peut toutefois survenir plus tôt, ou bien plus tard. Elle touche surtout les tempes et le sommet du crâne.

Ce délai s’explique par le cycle pilaire (croissance, repos, chute), qui dure plusieurs mois pour chaque cheveu. Une modification hormonale met donc du temps à devenir visible.

Si la chute démarre dès les premières semaines, parlez-en rapidement à votre médecin. D’autres causes, comme une carence, une période de stress ou un trouble thyroïdien, peuvent s’ajouter au traitement et méritent d’être recherchées.

Les cheveux repoussent-ils après l’arrêt du traitement ?

Le plus souvent, oui. Quand la chute est directement liée au médicament, on observe une repousse partielle ou totale après l’arrêt, même si la perte reste parfois définitive.

Ce n’est donc pas garanti pour tout le monde. Chez les personnes prédisposées à l’alopécie androgénétique, le traitement a pu accélérer ou déclencher une évolution qui serait survenue de toute façon. La repousse peut alors être incomplète. Là encore, comptez plusieurs mois avant de voir une différence.

Que peut-on faire concrètement pour limiter la chute ?

Il n’existe pas de solution miracle, mais quelques approches réduisent l’impact.

Les habitudes capillaires à adopter

Certaines habitudes limitent l’agression des cheveux fragilisés. Évitez la chaleur excessive (séchoir à pleine puissance, lisseur), espacez les colorations et choisissez un shampooing doux. Les brossages brusques aggravent la casse.

Un supplément en biotine (vitamine B8) ou en zinc peut être envisagé après avis médical, même si son efficacité reste limitée en cas de chute hormonale. Signalez-le toujours à votre médecin, car la biotine peut fausser certains dosages sanguins.

Les solutions médicales disponibles

Le minoxidil (une solution ou une mousse à appliquer sur le cuir chevelu, longtemps associée aux hommes mais aujourd’hui très utilisée par les femmes) peut ralentir la chute et stimuler la repousse. Il se vend sans ordonnance en pharmacie. Son usage pendant l’hormonothérapie doit toutefois être validé par votre médecin traitant ou votre oncologue.

Ces gestes du quotidien aident à préserver vos cheveux :

  • Utilisez un peigne à dents larges plutôt qu’une brosse sur cheveux mouillés
  • Évitez les coiffures trop serrées (chignons, tresses) qui tirent sur les follicules
  • Privilégiez des produits sans silicones ni sulfates agressifs pour ne pas fragiliser les tiges

Le médecin peut-il adapter le traitement pour préserver les cheveux ?

Dans certains cas, oui. Si la chute est importante et pèse sur votre qualité de vie, une discussion ouverte avec l’oncologue ou le médecin prescripteur permet d’évaluer des alternatives. Changer de molécule, par exemple passer d’un inhibiteur de l’aromatase à un autre, réduit parfois l’impact capillaire.

Cette décision appartient exclusivement au médecin, qui doit peser les bénéfices du traitement contre ses effets secondaires. Ne modifiez ou n’arrêtez jamais une hormonothérapie de votre propre chef, surtout en cancérologie, car ce traitement vise souvent à limiter le risque de récidive de cancer.

Ces questions méritent d’être posées lors de votre prochaine consultation :

  • Cette chute est-elle bien liée au traitement ou à une autre cause ?
  • Existe-t-il une alternative thérapeutique avec moins d’impact capillaire dans ma situation ?
  • Le minoxidil est-il compatible avec mon traitement hormonal actuel ?

FAQ sur l’hormonothérapie et les cheveux

Je perds mes cheveux sans traitement hormonal, est-ce le signe d’un cancer ?

Non, pas en soi. Une chute isolée vient plus souvent du stress, d’une carence ou d’une prédisposition génétique. Les premiers signes du cancer du sein sont plutôt une boule, une modification du mamelon ou de la peau, ou un ganglion sous le bras. En cas de doute, consultez votre médecin.

Est-ce que je risque aussi de perdre mes cils et mes sourcils ?

C’est possible, mais plus rare. Certains traitements hormonaux peuvent réduire la pilosité du visage et du corps. Cette perte est le plus souvent temporaire.

Je suis un homme traité pour un cancer de la prostate, suis-je concerné ?

Oui, mais les cheveux sont rarement touchés. Les antiandrogènes les affectent peu, tandis que certains analogues de la GnRH peuvent les éclaircir dans environ 10 % des cas. Votre pilosité corporelle peut aussi diminuer.

Est-ce que je peux porter une perruque ou un turban ?

Oui, rien ne s’y oppose. Privilégiez des modèles légers et respirants, qui ne tirent pas sur les racines et laissent votre cuir chevelu respirer.

Est-ce que je peux continuer mes colorations pendant le traitement ?

Rien ne l’interdit formellement, mais mieux vaut les espacer et choisir des produits doux. Demandez conseil à votre équipe soignante, surtout si votre cuir chevelu est sensible.

Sources

  1. Institut national du cancer (INCa), « Pourquoi les traitements font tomber les cheveux et les poils ? » https://www.cancer.fr/personnes-malades/parcours-de-soins/effets-indesirables/alopecie/pourquoi-les-traitements-font-tomber-les-cheveux 
  2. Institut national du cancer (INCa), « Hormonothérapie du cancer de la prostate » https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/prostate/traitements/hormonotherapie 
  3. AFSOS (Association francophone des soins oncologiques de support), référentiel « Alopécie et cancer » https://www.afsos.org/wp-content/uploads/2022/05/AFSOS-Referentiel-Alopecie-15-03-version-de-travail-1.pdf 
  4. Société canadienne du cancer, « Perte de poils et de cheveux » https://cancer.ca/fr/treatments/side-effects/hair-loss 
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